mars 2026
Format 13,2 x 20,5 cm
309 pages
« Unumquodque suo modo naturaliter diligit Deum plus quam seipsum » (saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia qu. 60 a. 5) : tout être aime naturellement Dieu plus que lui-même.
L’homme est hanté par un désir d’absolu, désir infini d’un infini que l’homme aime naturellement plus que lui-même, parce qu’il est en soi meilleur et donc plus aimable. Mais il reste son bien, tel un bien auquel il se rapporte, au lieu de le rapporter à lui-même ; il l’aime comme son bien le plus précieux, pour lequel il donnerait tout, y compris lui-même.Tel est ce Bien exigeant, de l’aimant, le consentement au sacrifice de lui-même, mais ce Bien est pour l’aimant l’objet d’un achèvement qui, comme sa suppression, est aussi son accomplissement, puisqu’il est objet d’amour et que l’amour se porte sur ce dont on manque. Il est donc nécessaire que l’aimant subsiste dans sa suppression, soit affirmé jusque dans sa négation, comme l’est la chrysalide par rapport au papillon qui, en effet, la conserve en la niant. Le Bien absolu a la forme d’un dépassement de tous les biens finis.
Mais alors, aimer un tel Bien équivaut à aspirer à se fondre en son Origine, parce que se donner au Tout n’est pas lui ajouter quelque chose dès là qu’il est et possède déjà tout ; c’est bien plutôt se résorber en lui.
Cependant, aimer ce Bien en lui voulant du bien, c’est aussi se tenir à distance de lui afin de subsister pour le servir, ce qui est contradictoire et invivable : l’amour est impraticable, et irrépressible parce qu’il sous-tend tous les désirs.
Alors l’amour révolté contre sa condition se métamorphose en volonté de puissance qui est volonté de volonté : le Moi ne cherche plus l’absolu mais s’intronise absolu, prend sur lui d’être ce qui se révélait inaccessible à lui, célèbre sa toute-puissance dans une frénésie destructrice lui donnant de se poser en s’opposant : entre le Moi et Dieu, il faut choisir.
Mais la confrontation, avec la réalité, de la volonté ivre de sa puissance, révèle, au prétendant à la surhumanité, que la réalité est habitée par une logique, une rationalité, et qu’il ne la peut dominer en l’humanisant que s’il obéit à cette logique.
On comprend dès lors que la tâche de l’homme soit de faire retour à l’amour de cet Absolu actuel qu’est le Bien, mais enrichi d’une assomption et d’un dépassement de ce moment d’hostilité, parce que c’est dans l’épreuve d’un tel dépassement que se dévoile l’accessibilité du Bien qui au départ lui semblait invivable.
L’ordre, et la paix dont il est le repos, enveloppent la puissance de la violence, loin de la tenir à distance de leur quiétude qui ne serait, sans elle, que fadeur et dilection d’esclave. Enfin, l’amour s’entretient ; il se ressource dans l’épreuve du processus dont il est le résultat ; il revitalise la violence pour s’affirmer en la surmontant : « le Paradis appartient aux violents » (Matth. 11, 12).
TABLE DES MATIERES
Introduction.. 7
Chapitre I : Des causes de la décadence européenne. 15
Chapitre II : Problématique du présent travail développée. 39
Chapitre III : De quelques controverses relatives à l’existence d’un amour de bienveillance exercé à propos de Dieu. 53
Chapitre IV : La condamnation du naturalisme, caution du surnaturalisme. 65
Chapitre V : Ce qu’implique dans la créature raisonnable la reconnaissance de l’existence d’une habilitation à exercer un amour de bienveillance naturel à l’égard de Dieu. 77
Chapitre VI : Quelques analyses conceptuelles. La violence comme épreuve nécessaire de la puissance de l’amour. 97
Chapitre VII : Autres précisions conceptuelles. 115
Chapitre VIII : Appétibilité de la violence. 125
Chapitre IX : Logique de la violence. Le discours des Athéniens aux Méliens. 139
Chapitre X : La doctrine de la guerre juste dispense-t-elle du recours à la violence ? 159
Chapitre XI : Reconnaissance mutuelle des nations et genèse de l’ « hegemonia » : préambule. 173
Chapitre XII : Suite du chapitre précédent : dialectique de la maîtrise et de la servitude. 183
Chapitre XIII : Dialectique de la maîtrise et de la servitude (suite). 195
Chapitre XIV : Dialectique de la maîtrise et de la servitude (suite) : la conscience servile. 207
Chapitre XV : Ce que nous retenons de cette dialectique : reconnaissance mutuelle des nations et naissance de l’ « hegemonia ». 217
Chapitre XVI : De la violence de la non-violence. 237
Chapitre XVII : Résolution proposée. 253
Chapitre XVIII : Questions résiduelles. 273
Conclusion.. 289
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